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Bouchées d’étymologie #1: Pollution

edentraduction
1 oct.
2 min de lecture

« Pollution » est un mot bien commode pour les traducteurs. Du français vers l’anglais, en tout cas. Il a le même sens dans les deux langues ; pas de connotations cachées (sauf si vous êtes médiévaliste) ; pas de différences orthographiques piégeuses ; et il s’accompagne souvent d’une précision (sonore, atmosphérique...) qui lève toute ambiguïté. Son étymologie n’en est que plus intéressante.


En effet, ce n’est qu’au XIXe siècle que le mot « pollution » a commencé à désigner la dégradation du milieu naturel par l’être humain. Avant la révolution industrielle, il avait des connotations exclusivement religieuses et morales, liées à l’impureté et à la souillure.


Selon l’Oxford English Dictionary, le mot vient du latin pollutio, qui désignait au IVe siècle la souillure et la corruption spirituelle ou morale. Il a donné en moyen français pollucion ou polucion, un terme probablement introduit outre-Manche par les Normands. Dans la Grande-Bretagne du XIIIe siècle, pollutio a acquis un autre sens, celui d’« émission nocturne » (ce qui veut dire… enfin, je vous laisse chercher), avant de devenir pollutiun, puis pollucion ou pollution.


Le mot a ensuite connu un parcours étymologique plutôt tranquille jusqu’à la fin du XIXe siècle : selon l’OED, son premier emploi en anglais au sens de « contamination d’un milieu naturel par des déchets » remonte à 1874. L’attribution de ce nouveau sens à un mot jusque-là empreint de connotations de profanation n’est peut-être pas fortuite. Dans le contexte de la révolution industrielle, un mouvement romantique, conservateur et hostile au progrès était déjà bien engagé, tandis que la nature se voyait de plus en plus investie d’une valeur morale. Voilà qui ne manque pas d’ironie quand on voit à quel point les conservateurs américains d’aujourd’hui privilégient les énergies fossiles au détriment des énergies vertes. Mais je m’égare.


D’après le Centre national de ressources textuelles et lexicales (CNRTL), la première occurrence du mot dans ce sens en français date de 1874, dans un rapport sur la pollution des rivières. La langue française a ainsi récupéré son mot, doté d’un sens tout neuf : un nouvel exemple d’« emprunt aller-retour ».

 
 
 

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